• mère le mur est haut

    J'ai vraiment peur de devenir folle, vide, folle face à mon vide, me débattant sans rien heurter dans ce vide, comme le poisson qui suffoque sur le ponton, trop petit pour être mangé, trop insignifiant pour qu'on y prête attention et le rejette à la mer. On vilipende, on vilipende, je ne veux plus bouger, plus entendre, plus voir, juger, que cela cesse, que la vie ne se réduise pas à cela, qu'il soit possible de trouver un dessein, d'être toute entière happée par une force étrangère à l'inertie.

    tellement perdue, tellement fausse. Lorsque le sentiment éthéré de vie se fait sentir, je le gâche en quelques mois à peine lorsque ce ne sont pas quelques jours voire quelques heures, je ne comprends plus rien, le misérabilisme me répugne pourtant, je suis censée être forte et combattive mais je n'y arrive plus, car je ne trouve pas le foyer qui anime cette force, la flamme famélique me regarde larmoyante de cendres qui, tombant, incessantes, noircissent l'horizon et m'enferment dans une nuit opaque et incolore. Prométhée a fui.

    Qu'ai-je aux mains, pourquoi le plissement de mes phalanges droites me fait si mal... c'est le déferlement acide de mon amertume vidée, remplie, vidée, dans une obsession sans fond, sans rédemption possible et pourtant nécessaire. Je continue néanmoins à suivre la doxa du levé et du couché du soleil dans un mimétisme servile de bête humaine... expression devenue figée, trop employée, abusée ; moi, je ne souhaite guère stagner dans mon passé déféqué, cette engluement puant et suintant la fatalité.

    Avancer, espérer, ne pas pleurer, minables larmes. Ignorante, tellement ignorante encore.

    La main gauche est belle et pure, enfantine comme mes dents de lait parties décorer  la maisonnette d'un souriceau en mal de trésor calcique, l'épiderme lisse, doux, les collines joignant doigts et paume joliment dessinées, dignes d'une romance pastorale naïve et fraîche,... la jumelle, vieille avant l'âge, les monts escarpés y font des crevasses rappelant les souffrances antérieures, c'est une mémoire rugueuse et poreuse, douloureuse, pleurant des rivières de sang auxquelles aucun troupeau ne s'abreuve, même se desséchant l'être le plus imbécile ne trempera pas sciemment ses lèvres dans le coupe de ciguë.

    Je ne crois même plus en moi, je ne me fais plus confiance, je me dédouble. Le déchirement des chairs est un spectacle immonde qui ne laisse nul répit aux rétines, le cri agresse les tympans, les inévitables éclaboussures souillent les teints les plus sains. Je n'ai plus peur, j'apprivoise ma folie, elle sera ma force, moi dont les muscles suffoquent sous mon échine malade, mon œil empli d'une humeur sadique se délecte de leur fin lancinante.

     les gens sont gentils ici, c'est certain, mais il reste bien difficile d'éprouver le sentiment amoureux pur lorsqu'on perd sa propre image dans les reflets trompeurs de je ne sais quelle vitre brisée à la suite d'une dispute dont les belligérants ne se souviennent même plus les fondements, image à tout jamais perdue, ignorant sa source elle ne peut atteindre l'estuaire et rejoindre l'immensité de l'océan empli de promesses qui déferlent et caressent les plages paisibles de mes étés passés dans les bras improbables.

     Et pourtant...

    La vie est belle, nous sommes jeunes, les oiseaux chantent, le ciel cache du bleu sous les nuages, les visages des sourires sous les écharpes, l'avenir des trésors derrière ses incertitudes... soulevons les voiles, creusons à grande pelletés, découvrons dans une saine boulimie de néophyte !

    Je crois avoir déterré mon engouement passé et ma candeur adolescente et dévorante, ô ardeur primitive de sentir ces chairs sous l'épiderme, ces nerfs enlacés aux chairs, ces os organisant le tout : je suis, ignorante et incohérente, maladie et remède...


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